mardi 3 décembre 2013

La médecine de brousse



- Si vous voulez voir des pathologies lourdes et comment elles sont prises en charge il vaut mieux aller à Yaoundé ou Douala. 
A Nanga les examens sont limités : hématocrite, créat, parasitologie des selles/sang/urines au  microscope, test de dépistage rapide (VIH, salmonelles, P.f, candida, syphilis...). Rmq: les examens sont plus souvent limités par les moyens du patient que le matériel disponible. 
Ce qui est intéressant c’est de voir l’illustration d’une bonne partie du cours de parasitologie, prendre en charges les patients de A à Z, apprendre à baser un diagnostique sur la clinique, pouvoir faire des actes nouveaux, voir comment, avec de l’expérience et de la créativité, on peut soigner beaucoup de patients avec peu de moyens. Bref aborder la médecine d’un œil radicalement différent.

- Je vous déconseille de partir à plus de 4 en même temps. Car même s'ils acceptent il n'y aura pas assez de patients pour que chacun soit actif.

- Les accouchements, les césariennes, les opérations se font le plus souvent sans anesthésie (lidocaine au mieux). Il n’y a pas non plus de morphiniques. Vous serez donc amenés à voir des personnes souffrir et être relativement impuissants face à cela.

- La médecine d’origine occidentale (pratiquée dans les hôpitaux et les dispensaires) ne se mélange pas avec la médecine « indigène » pratiquée par certains guérisseurs (de moins en moins nombreux). Typiquement les patients malades attendent que la pathologie passe, s’automédiquent et vont voir le guérisseur. Vous ne les verrez souvent qu’au bout de 2 ou 3 semaines, si la situation ne s’améliore pas. Il est important de demander au patient s’il s’est automédiqué (tests parasitaires ininterprétables). Je vous conseille d’aller assister aux méthodes de médecine indigène.  

- Le dispensaire et l’hôpital de Nanga disposent de ressources diagnostiques et thérapeutiques comparables. Or le dispensaire (centre de santé) étant moins cher que l’hôpital, il reçoit plus de patients. C’est pourquoi je vous conseille d’y aller le plus souvent possible. Le Chef du dispensaire, Mr Mboudou est un infirmier très expérimenté et vraiment sympa. N’hésitez pas à comparer avec lui les habitudes médicales en Europe et au Cameroun, il est très ouvert à la discussion. Après quelques jours on vous laissera prendre en charge les patients seul, c’est une expérience très enrichissante. Dans ce cas munissez vous de votre CBIP, du cours de parasito, d’un camarade ou d’un infirmier expérimenté et d’un peu d’assurance.

- Les dépenses de santé ont été diminuées sous pression du FMI dans les années 80. Aucun soin de santé n’est remboursé (exception pour le VIH, l'onchocercose). Seul les consultations au dispensaire ont un coût réduit. 
Les examens et les traitements pour les pathologies les plus fréquentes sont disponibles mais les patients n’ont souvent pas les moyens de payer. Sachez que si vous prescrivez plus de 2 examens ou 2 médicaments, il y a de fortes chances que le patient ne puisse pas les payer tous et ne revienne pas. 
Il y a 1 médecin pour 10400 habitants. Le Cameroun a néanmoins la réputation d’avoir un système médical plus développé que ses voisins.

- La relation médecin/infirmier-patient est parfois choquante, très paternaliste. Tutoiement et vocabulaire fleuri sont courant. Néanmoins les personnels soignants que nous avons côtoyés donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie contre une rémunération très inégale. Il ne faut pas juger leurs protocoles et leurs règles d’hygiène avec un regard occidental. Ils connaissent souvent les bonnes pratiques mais s’ils les appliquaient, plus aucun patient ne pourrait se payer les soins. Pour ma part j’ai beaucoup de respect pour ces personnes qui se battent pour soigner le plus de gens possible avec très peu de moyens.

- la prévalence du VIH et de la tuberculose sont difficiles à estimer. Elle varie entre les villes et la brousse. Elles seraient en moyenne de 7% VIH+ et 23% BK+. Il est peut probable que vous voyez un hématocrite normal parmi les patients de la région (paludisme+++)

- Près des rivières se trouve les « Moutmouts » (Simulie) dont la piqûre est assez douloureuse et transmet l’onchocercose. La région de Nanga est la cible d’un large plan de lutte contre la cécité des rivières et vous participerez peut être à la distribution du Méctizan.








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